[Mon interview] Une Franco-Laotienne a Vientiane

[🇨🇵 ARTICLE EN FRANÇAIS – ARTICLE IN FRENCH]


Si vous aimez les voyages, vous connaissez surement le blog de Camille, cette Française expatriĂ©e depuis plus de 7 ans en Asie, et son blog Les Voyages de Camille. Cette talentueuse bloggeuse, je l’ai rencontrĂ© il y a 6 ans, quand je suis arrivĂ©e Ă  Vientiane ; aujourd’hui, Camille habite au Vietnam et continue de nous faire voyager Ă  travers son blog, tant par ses destinations voyage que par son regard expert d’expat.


Parmi les diffĂ©rents sujets qu’elle traite sur son blog, tous aussi intĂ©ressants les uns que les autres, il y a les Interviews : une jolie façon de voir le Monde au travers les diffĂ©rentes expĂ©riences de ses invitĂ©s. Vous l’avez compris, j’ai donc eu la chance d’en ĂŞtre, et, pour ĂŞtre honnĂŞte, j’aurais pensĂ© l’exercice beaucoup plus facile ! Face aux questions posĂ©es par Camille, je me rappelle avoir “buggĂ©”. C’est un article qui a demandĂ© un peu d’introspection, il m’a vraiment pris aux tripes : j’y parle de ma “double culture”, de mon arrivĂ©e au Laos et de ce doux pays que j’ai Ă©lu pour domicile depuis 2013. Et puisque cette interview m’a touchĂ©, je souhaitais la partager avec vous aujourd’hui… Mais avant de le faire, filez-vite vous abonner au blog de Camille ! Je vous liste mon Top 3 de ses articles, juste pour finir de vous convaincre :

Voyager en train au Sri Lanka
Quảng PhĂş Cầu, Le village de l’encens
Escapade a Murano & Burano


Peux-tu nous raconter ton histoire avec le Laos ?

Je suis née d’un papa d’origine Vietnamienne (mais né au Laos) et d’une maman Laotienne. Toute ma vie, j’ai côtoyé des Laos, j’ai parlé et j’ai mangé Lao. C’était un peu un « concept », mais je me souviens avoir toujours été assez « fière » d’avoir pour origine un pays qui n’était que très peu connu.

En parlant de langue, je me souviens que nos parents nous demandaient de parler Lao à la maison, disant que c’était nos racines et les leurs, que ça faisait partie de l’héritage à conserver. Aujourd’hui, je ne peux que les remercier.

Il y avait cette Association Laotienne dans ma ville, qui m’a permis de rencontrer mes super « copines du dimanche Â»  comme j’aimais les appeler, avec lesquelles j’ai appris les gestes de la danse traditionnelle Lao, sur des musiques qu’il m’arrive encore d’entendre aujourd’hui au Laos.

Ma première visite au Laos remonte Ă  1990, alors que je n’avais que 3 ans, puis en 1993, et la dernière date de 2006. Autant te dire que je garde très peu de souvenirs des deux premières visites, mĂŞme si des flashs me reviennent, et que les photos m’aident Ă  me souvenir. Pour celle de 2006, j’étais ici en vacances : rien Ă  voir avec vivre ici, bien entendu. LĂ  encore, des pĂ©riodes restent floues, mais j’avais gardĂ© un bon souvenir de ce voyage.

VoilĂ  mon histoire avec le Laos : Ă  10,000 km de chez moi, le Laos a toujours fait partie de ma vie.


Qu’est-ce qui t’a poussĂ© Ă  « rentrer Â» au Laos ? Est-ce que tu l’as vĂ©cu comme une opportunitĂ© professionnelle ou un retour aux sources ?

Je voulais une expĂ©rience Ă  l’étranger mais je dois avouer que j’étais assez frileuse Ă  l’idĂ©e de quitter la France et, bien entendu, le cocon familial. Pendant mes recherches, qui se focalisaient sur les stages et les VIE (Volontariat International en Entreprise) principalement, le choix s’est portĂ© d’abord sur l’Europe, puis sur l’Asie.

Pour ĂŞtre honnĂŞte, il n’y avait rien de vraiment intĂ©ressant au Laos, du moins sur les sites sur lesquels j’avais naviguĂ© – s’il y a 5 ans, j’avais connu toutes ces pages Facebook et autres sites locaux, ma vie aurait tout Ă  fait pu ressembler Ă  autre chose ! MalgrĂ© le peu d’opportunitĂ©s, le Laos s’est toutefois assez rapidement et naturellement imposĂ© : c’est lĂ  que je voulais tenter ma chance.

Finalement, c’est mon oncle, basé ici à Vientiane, qui m’a mis en contact avec une de ses connaissances. Cette dernière me présenta à la personne qui me proposera un stage de 3 mois. Le Laos pour un stage de 3 mois ? Ça semblait un bon compromis. Quelques mois plus tard, mes 33 kg de valises, mon ordinateur portable en bandoulière et moi-même, nous voilà à l’aéroport de Wattay.

Alors, oui, l’opportunité professionnelle est ce qui m’a fait venir au Laos. La volonté de retourner aux sources est sûrement la raison qui m’a poussée à postuler.

Aujourd’hui, le Laos est ma deuxième maison. La France restera toujours mon chez moi, peut-être même qu’un jour, j’y retournerai. Mais aujourd’hui, je construis ma carrière ET bâtis ma vie ici, à Vientiane.


Qu’est-ce qui t’a le plus surpris ici quand tu es revenue au pays il y a 5 ans ?

A vrai dire, je ne savais même pas à quoi m’attendre… Je ne visualisais pas du tout le Laos, tant en termes d’architecture qu’à ce à quoi ma vie ressemblerait ici. Mais je crois que ce qui m’a le plus surpris, c’est que le Laos et ce que j’en connaissais de France n’avait rien à voir.

Aujourd’hui encore, il y a pleins de choses qui me sont inconnues, qui restent incomprises dans mon esprit, mais pour être tout à fait honnête, les Laos m’apprennent quelque chose tous les jours. Pour rester sur une note positive, et même si cela fait rire 99% des expats, leur philosophie du « bor pen yang » (comprendre « ce n’est pas grave », « il n’y a pas de problème ») a été une révélation pour moi.

Remettre les choses en perspective, relativiser : voilĂ  une de leurs plus belles leçons.


Quelle relation entretiens-tu avec ta double culture ?

Comme je l’écris un peu plus haut, j’ai toujours ressenti une certaine fiertĂ© d’être Lao. Bien entendu, en France, je suis Française (pour la plupart des gens)… Mais Ă  la maison, on parle Lao – enfin, du FranLao, mais on a aussi nos habitudes « Lao Â».

Il est parfois difficile de se faire comprendre, car malgrĂ© un physique asiatique, je ne rĂ©flĂ©chis pas forcĂ©ment comme des Laos, ni complètement comme une Française. Pour les Expats ici, je suis Lao ; pour les Laos, je suis une Falang (dĂ©signe les Ă©trangers ici au Laos, mais Ă  l’origine, le mot vient bien du mot « France Â»).

J’ai lu sur le blog d’une mĂ©tisse une phrase assez juste et si Ă©vidente une fois lue : « je ne suis ni l’une ni l’autre de mes origines. Je suis Ă  la fois […] et […]. Le mĂ©tissage est une force, et il n’est pas nĂ©cessaire de faire un choix. Â» Bon, je ne suis pas mĂ©tisse mais tu as compris l’idĂ©e !


Quelle qualité préfères-tu chez les Laotiens ?

Comme je te disais plus tĂ´t, leur nonchalance : « bor pen yang Â», ce leitmotiv est bien propre aux Laos. Et, si parfois cela me rend dingue, j’admire cette qualitĂ© Ă  laisser les choses se faire ou aller d’elles-mĂŞmes. Ça permet de relâcher un peu, on se rend compte que de vouloir garder le contrĂ´le sur tout, et tout le temps, ou de dramatiser pour des choses finalement pas très grave, ça ne nous sert Ă  rien ; au contraire, ça nous dessert la plupart du temps.


Quels sont selon toi les avantages Ă  vivre au Laos ?

Sur un plan professionnel, c’est un excellent tremplin, en termes de poste et de responsabilitĂ© Ă  proprement au Laos. Je suis devenue Manager Ă  26 ans, aujourd’hui Ă  32, je me sens mature. Mais surtout chanceuse d’avoir eu l’opportunitĂ© d’évoluer dans un environnement complètement diffĂ©rent, d’apprendre des compĂ©tences dans un marchĂ© plutĂ´t dynamique et d’avoir cĂ´toyĂ© certaines personnes très douĂ©es et inspirantes.

Ça l’est aussi si tu souhaites travailler dans la région, je crois. En tous cas, ça a été le cas pour mes amis, toi compris !

Côté perso, on y vit bien. Réputée pour être très calme à côté de ses mégalopoles voisines, on trouve des avantages à y circuler facilement pour se rendre à tel ou tel endroit, à aller au bureau, aller faire ses courses ou organiser des pique-niques dans les alentours.


Savang Village, Vientiane, 1990

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